{"id":1595,"date":"2016-12-07T16:11:08","date_gmt":"2016-12-07T15:11:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.encyclopedie-des-migrants.eu\/?p=1595"},"modified":"2017-01-06T10:48:29","modified_gmt":"2017-01-06T09:48:29","slug":"frinfolibre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/enciclopedia-dos-migrantes.eu\/pt\/frinfolibre\/","title":{"rendered":"InfoLibre"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"http:\/\/www.infolibre.es\/noticias\/cultura\/2016\/12\/30\/enciclopedia_del_desarraigo_58088_1026.html\">Lire l&#8217;article en version originale (espagnol) sur le site d&#8217;InfoLibre<\/a><\/em><\/p>\n<p>Version fran\u00e7aise, (traduite avec l&#8217;aimable autorisation d&#8217;\u00c1ngel Mu\u00f1\u00e1rriz et du journal espagnol Infolibre) :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Encyclop\u00e9die du d\u00e9racinement<\/strong><\/p>\n<p>Quelle singuli\u00e8re id\u00e9e que celle de <a href=\"http:\/\/www.enciclopedia-de-los-migrantes.eu\/es\/projet\/\"><strong>l\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants<\/strong><\/a>, aussi \u00e9trange qu\u2019incertaine, aussi remplie de possibilit\u00e9s \u2013 et d\u2019angoisses \u2013 qu\u2019<strong>une conversation avec un \u00e9tranger.<\/strong> Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un projet atypique, qui s\u2019applique \u00e0 trouver ce que notre vie a de commun avec celle des \u00e9trangers. Comment proc\u00e9der exactement\u00a0? De quoi parlons-nous\u00a0? D\u2019une encyclop\u00e9die <em>sui generis<\/em> compos\u00e9e de lettres manuscrites de pr\u00e8s de 400\u00a0migrants, d\u2019hommes et de femmes qui se sont retrouv\u00e9s loin de chez eux et qui t\u00e9moignent de leurs vies et de leurs souvenirs, de la nostalgie et de l\u2019esp\u00e9rance, en s\u2019adressant par \u00e9crit \u00e0 ceux qu\u2019ils ont laiss\u00e9s dans leurs pays d\u2019origine\u00a0: leurs m\u00e8res, leurs p\u00e8res, leurs fr\u00e8res\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est en cela que consiste l\u2019aventure atypique de l\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants\u00a0: <strong>donner un papier, un crayon, et une raison d\u2019\u00e9crire \u00e0 400\u00a0\u00e9trangers<\/strong>. Et leur demander de se laisser aller dans chaque lettre, d\u2019oublier les formules sentimentales classiques, et de croire en eux-m\u00eames. Il en r\u00e9sulte des lettres qui \u00e9meuvent et qui touchent, qui inspirent et qui fendent le c\u0153ur.\u00a0\u00ab\u00a0<strong>Je t\u2019aime maman, et je te remercie, car tu m\u2019as \u00e9duqu\u00e9e et m\u2019a permis d\u2019\u00eatre l\u2019antith\u00e8se de ce que tu es<\/strong>.\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est ce qu\u2019\u00e9crit une femme depuis la France \u00e0 sa m\u00e8re rest\u00e9e en Egypte. Il faut lire la lettre en entier pour comprendre qu\u2019un au revoir aussi brutal peut contenir toute la tendresse et tout le respect du monde. Et le lecteur en perd ses mots.<\/p>\n<p>Une mani\u00e8re de donner la parole aux immigr\u00e9s dans un contexte de mont\u00e9e du nationalisme\u00a0? Un plan d\u2019attaque contre l\u2019Europe homog\u00e8ne et r\u00e9actionnaire que nous proposent Nigel Farage et Marine Le Pen\u00a0? Non, il n\u2019en est rien. \u00ab\u00a0<strong>Il ne s\u2019agit pas d\u2019un projet opportuniste qui na\u00eet de la crise migratoire<\/strong>. Ni, mieux encore, de la crise des r\u00e9fugi\u00e9s. Il s\u2019agit d\u2019un travail de dix ans. Les crises migratoires existent depuis toujours, et existeront toujours. Il s\u2019agit de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Paloma Fern\u00e1ndez Sobrino, directrice artistique et m\u00e8re du projet, m\u00eame si elle revendique son caract\u00e8re collaboratif. Et Paloma Fern\u00e1ndez Sobrino d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>Nous n\u2019avons pas voulu tirer un portrait mis\u00e9rabiliste de l\u2019immigration<\/strong>. Il s\u2019agit d\u2019un projet artistique dans lequel r\u00e9side un projet social.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Derri\u00e8re ce projet artistique, une id\u00e9e et une ambition se font sentir. \u00ab\u00a0Il s\u2019agit d\u2019une expression du concept de L\u2019Encyclop\u00e9die fran\u00e7aise, qui avait n\u00e9cessit\u00e9 de rassembler le savoir dans des livres. Tout ce savoir \u00e9tait l\u00e9gitim\u00e9, approuv\u00e9 par l\u2019acad\u00e9mie en tant que v\u00e9rit\u00e9 absolue. Dans la forme, notre encyclop\u00e9die est comme celle de Diderot et D\u2019Alembert\u00a0: reli\u00e9e \u00e0 la main, en cuir, avec des dorures et dans un format lourd\u00a0\u00bb, explique Fern\u00e1ndez Sobrino. Mais le contenu, ajoute-t-elle, \u00ab\u00a0reste encore \u00e0 l\u00e9gitimer\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<strong>Il s\u2019agit de lettres intimes, personnelles, destin\u00e9es \u00e0 une personne aim\u00e9e rest\u00e9e dans le pays d\u2019origine<\/strong>. \u00c0 partir de celles-ci, nous voyons ce que la distance a provoqu\u00e9\u00a0\u00bb, explique la directrice artistique du projet.<\/p>\n<p><strong>De Gibraltar au Finist\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants est compos\u00e9e d\u2019un savoir construit de mani\u00e8re solidaire et h\u00e9t\u00e9rodoxe, sous l\u2019impulsion de <a href=\"http:\/\/agedelatortue.org\/\"><strong>L&#8217;\u00e2ge de la tortue<\/strong><\/a>, <strong>un collectif artistique bas\u00e9 \u00e0 Rennes<\/strong>, o\u00f9 l\u2019id\u00e9e a germ\u00e9 : <strong>s\u00e9lectionner huit villes, choisir 50\u00a0migrants dans chacune d\u2019elles \u2013 des immigr\u00e9s ou des \u00e9migrants de retour\u00a0\u2013,\u00a0 leur demander d\u2019\u00e9crire une lettre dans leur langue maternelle<\/strong>, disposer les lettres en face de la photographie de l\u2019auteur et de leur traduction dans la langue du pays d\u2019accueil\u2026 Les villes choisies sont <strong>Gibraltar, Cadix, Lisbonne, Porto,<\/strong> <strong>Gij\u00f3n, Nantes, Rennes et Brest <\/strong>\u2013 la France, l\u2019Espagne, le Portugal et un territoire britannique d\u2019outre-mer. Huit villes de l\u2019Arc Atlantique europ\u00e9en, entre Gibraltar et le Finist\u00e8re. Une partie du monde travers\u00e9e par les migrations et les changements de paradigmes culturels\u00a0; l\u2019espace id\u00e9al pour faire germer cette id\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans chacune de ces villes, les collaborateurs du projet se sont charg\u00e9s de trouver les personnes et de les convaincre. De les convaincre, oui. En effet, <strong>les immigr\u00e9s d\u00e9sireux de participer \u00e0 un projet atypique qui requiert autant d\u2019introspection n\u2019apparaissent pas subitement<\/strong>. Par o\u00f9 commencer\u00a0? \u00ab Nous nous sommes pos\u00e9s la m\u00eame question. Nous souhaitions trouver des profils vari\u00e9s. Nous avons commenc\u00e9 par notre entourage, dans le monde de la culture, et ces personnes nous ont men\u00e9es \u00e0 d\u2019autres personnes, et ainsi de suite\u2026 Nous avons rencontr\u00e9 des personnes qui avaient \u00e9migr\u00e9 pour trouver du travail, des personnes qui \u00e9taient venues en situation irr\u00e9guli\u00e8re, dont la situation ici n\u2019est ni facile ni agr\u00e9able, des espagnols qui s\u2019\u00e9taient exil\u00e9s avant de revenir\u00a0\u00bb, explique l\u2019historienne Tamara Ortega, en charge de ce travail \u00e0 Gij\u00f3n avec le restaurateur Andr\u00e9s Bola\u00f1os.<\/p>\n<p><strong>Des amis perdus sur le chemin des Canaries<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au d\u00e9but, ils \u00e9taient assez perplexes. Ils ne comprenaient pas tr\u00e8s bien en quoi cela consistait. Il y avait de la m\u00e9fiance, une certaine suspicion. <strong>Certaines personnes pr\u00e9f\u00e9raient ne pas participer. Ils nous disaient \u00ab\u00a0Pourquoi devrais-je raconter ma vie et mon intimit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/strong> Mais par la suite, ils apprennent \u00e0 te conna\u00eetre, et ils commencent \u00e0 te faire confiance. Finalement, il voulait non seulement participer mais \u00e9galement collaborer, aider au projet\u00a0\u00bb, raconte Tamara Ortega, qui parle de cette exp\u00e9rience avec tendresse et \u00e9motion.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette exp\u00e9rience, elle a rencontr\u00e9 un homme s\u00e9n\u00e9galais qui, en route pour les Canaries, avait perdu ses amis de toujours, avec lesquels il avait entrepris cette aventure. \u00ab\u00a0<strong>Il avait commenc\u00e9 par vendre des CD dans la rue, et il se disait <\/strong><strong>\u201c<\/strong><strong>je ne veux pas\u00a0 \u00e7a, je ne suis pas venu pour \u00e7a\u201d<\/strong>. Aujourd\u2019hui, il tient une entreprise de couture \u00e0 Gij\u00f3n, o\u00f9 il travaille avec des tissus de son pays\u00a0\u00bb, explique-t-elle. L\u2019historienne Tamara Ortega a \u00e9galement rencontr\u00e9 une <strong>vieille dame espagnole de 98\u00a0ans<\/strong>, \u00ab\u00a0r\u00e9publicaine convaincue\u00a0\u00bb, qui a v\u00e9cu en exil en France avant de revenir dans les Asturies enterrer les cendres de son mari. \u00ab\u00a0Elle est tr\u00e8s connue \u00e0 Gij\u00f3n. Elle participe \u00e0 des manifestations pour les droits des jeunes, des homosexuels\u00a0\u00bb, raconte Tamara Ortega.<br \/>\n<strong>D\u2019\u00ab\u00a0immigr\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0encore plus immigr\u00e9e\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le projet prend forme mais n\u2019est pas termin\u00e9. Les 400 lettres ont \u00e9t\u00e9 recueillies et traduites. Les autorit\u00e9s locales et les associations culturelles de chacune des villes sont impliqu\u00e9es dans le projet. Elles devront acheter une encyclop\u00e9die et r\u00e9aliser des activit\u00e9s de diffusion. Il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment de d\u00e9passer la notion acad\u00e9micienne de l\u2019encyclop\u00e9die et de s\u2019en servir comme point de d\u00e9part pour ouvrir un d\u00e9bat et cr\u00e9er des \u00e9changes. L\u2019id\u00e9e est que des expositions, des rencontres, des projections soient organis\u00e9es\u2026 En plus d\u2019une \u00e9dition limit\u00e9e au format encyclop\u00e9dique, une version num\u00e9rique sera publi\u00e9e pour garantir une plus grande diffusion\u00a0; d<strong>es supports \u00e9ducatifs <\/strong>et un documentaire seront \u00e9galement r\u00e9alis\u00e9s. La pr\u00e9sentation finale devrait avoir lieu en mars 2017.<\/p>\n<p>Paloma Fern\u00e1ndez Sobrino, la directrice artistique, elle-m\u00eame immigr\u00e9e, a \u00e9galement \u00e9crit sa lettre. N\u00e9e \u00e0 Puertollano (Ciudad Real), la fermeture de plusieurs usines de p\u00e9trochimie, domaine dans lequel travaillait son p\u00e8re, avait conduit sa famille \u00e0 \u00e9migrer \u00ab\u00a0au nord, l\u00e0 o\u00f9 les usines prolif\u00e9raient, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019Espagne s\u2019ouvrait sur l\u2019Europe\u00a0\u00bb, explique-t-elle. Et d\u2019une traite, suivant les lignes de son autobiographie, elle explique le pourquoi de l\u2019Encyclop\u00e9die\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avions choisi Tarragone. Mes parents avaient le choix de quitter La Manche ou de se retrouver sans emploi. La Manche et la Catalogne sont deux mondes diff\u00e9rents. <strong>J\u2019adore les deux r\u00e9gions, mais en Catalogne, je me suis toujours sentie immigr\u00e9e<\/strong>. Il y a douze ans, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9migrer en France et ici je me sens encore plus immigr\u00e9e. Disons que je me sens plus d\u00e9racin\u00e9e, et j\u2019adh\u00e8re compl\u00e9tement au terme migrant. En tant qu\u2019artiste, j\u2019avais le besoin d\u2019ouvrir ce sujet \u00e0 un d\u00e9bat public, en parlant de sentiments et de l\u2019intimit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0J\u2019ai peur, Nicasia\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>La lettre de Paloma Fern\u00e1ndez Sobrino est authentique. \u00c9crasante de sinc\u00e9rit\u00e9. <strong>Elle est destin\u00e9e \u00e0 sa grand-m\u00e8re Nicasia, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Paloma n\u2019avait pas pu assister \u00e0 ses fun\u00e9railles \u00e0 cause d\u2019un probl\u00e8me ferroviaire \u00e0 la gare d\u2019Austerlitz<\/strong>. \u00a0\u00ab\u00a0Tu es partie et je n\u2019ai pas pu te dire au revoir, tes derniers mots n\u2019ont pas exist\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crit la petite-fille avec nostalgie. \u00ab\u00a0Je sais que tu serais fi\u00e8re de moi parce que je fais ce que j\u2019aime, m\u00eame si <strong>je sais que tu ne comprendrais pas mon travail, ni l\u2019art contemporain, ni toutes ces abstractions qui font partie de ma vie<\/strong>. Ici, j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9, cela te rendrait heureuse [\u2026]. Et je sais que tu aurais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureuse de rencontrer Otto, mon fils. Il a quatre\u00a0ans aujourd\u2019hui, il parle parfaitement le castillan et le fran\u00e7ais mais il te ferait rire aux \u00e9clats, car il parle castillan avec un accent fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Paloma \u2013 il faut passer au pr\u00e9nom lorsque quelqu\u2019un partage son intimit\u00e9 \u2013 d\u00e9voile ses tribulations\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>\u00catre seule avec un enfant et sans famille, dans un pays qui n\u2019est pas le sien, c\u2019est tr\u00e8s difficile<\/strong>. C\u2019est certainement l\u2019une des \u00e9preuves les plus difficiles que la vie a mise sur mon chemin. J\u2019ai peur, Nicasia\u00a0\u00bb. C\u2019est ce que recherche Paloma dans les lettres\u00a0: un reflet d\u2019humanit\u00e9 authentique, une r\u00e9flexion \u00e0 la fois publique et solitaire face au d\u00e9racinement.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Borges, Maradona, un voleur, Troilo, ils sont tous argentins\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la date de publication de l\u2019encyclop\u00e9die, Paloma agit un peu comme la gardienne de la sph\u00e8re intime \u00e0 laquelle les migrants ont renonc\u00e9 avec leurs lettres. Ainsi, elle a demand\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019en reproduisant les quelques textes qu\u2019elle a montr\u00e9 \u00e0 <strong>info<\/strong><strong>Libre<\/strong>\u00a0pour l\u2019\u00e9laboration de ce texte, l\u2019anonymat soit pr\u00e9serv\u00e9 et que les reproductions exhaustives soient \u00e9vit\u00e9es. Les noms ne sont pas n\u00e9cessaires. Un argentin, qui vit \u00e0 Cadix depuis 40\u00a0ans, \u00e9crit \u00e0 sa s\u0153ur. \u00ab\u00a0Je ne suis de nulle part.\u00a0\u00bb Cet argentin \u00e9crit\u00a0\u00ab\u00a0<strong>sans fiert\u00e9 ni honte<\/strong>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je bois du mat\u00e9 (lorsque mon ulc\u00e8re me laisse tranquille), j\u2019aime le football et le tango, est-ce cela \u00eatre argentin\u00a0? <strong>Le Che \u00e9tait argentin, Videla \u00e9tait argentin. Borges, Maradona, un voleur, Troilo, un prix Nobel, tous sont argentins<\/strong>\u00a0\u00bb, r\u00e9p\u00e8te-t-il, avant de conclure en justifiant sa d\u00e9cision de partir en laissant sa s\u0153ur en Argentine, un pays contre lequel il conserve \u2013 on le devine\u00a0\u2013 une profonde ranc\u0153ur. \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas eu de f\u00eate pour f\u00eater ces 40\u00a0ans. <strong>L\u2019exil est une blessure, c\u2019est certain, mais une blessure qui me rend fier<\/strong>\u00a0: elle est le prix que j\u2019ai pay\u00e9 pour dire NON\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Une vie meilleure pour les filles<\/strong><\/p>\n<p>Les allusions \u00e0 la famille, les souvenirs d\u2019enfance se m\u00e9langent aux m\u00e9ditations sur la migration et ses implications. Une \u00e9gyptienne, depuis huit\u00a0ans \u00e0 Rennes, d\u00e9plore ses difficult\u00e9s en fran\u00e7ais et fait sa propre description de l\u2019ambiance locale \u2013 <strong>\u00ab\u00a0ici les gens sont, dans le fond, tr\u00e8s bons, mais ils se montrent parfois froids, distants et insensibles<\/strong>\u00a0\u00bb \u2013 et finit par baisser les bras dans un signe de grande douleur\u00a0: \u00ab <strong>Je regrette d\u2019\u00eatre n\u00e9e femme dans cette soci\u00e9t\u00e9<\/strong>.\u00a0\u00bb Elle s\u2019adresse ensuite directement au destinataire de la lettre\u00a0: \u00ab <strong>Et toi maman, voulais-tu toi aussi me punir en d\u00e9cidant de mon excision\u00a0? Ou souhaitais-tu me prot\u00e9ger\u00a0?<\/strong> Je ne crois pas que tu me donneras une r\u00e9ponse, ni que tu sois triste. Je sais que tout ce que tu as fait a \u00e9t\u00e9 de reproduire ce que ta propre m\u00e8re t\u2019avait inflig\u00e9, comme toutes les autres m\u00e8res de ton \u00e9poque.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son d\u00e9sir de famille est directement proportionnel \u00e0 sa certitude de rester en France\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>Je suis un arbre auquel on a arrach\u00e9 les racines et que l\u2019on a replant\u00e9 dans un autre sol, plus propice<\/strong>.\u00a0\u00bb Et plus propice pour ses filles\u00a0: \u00ab Je veux les voir vivre et grandir en libert\u00e9, avec leurs id\u00e9es et leurs corps, dans une soci\u00e9t\u00e9 que ne les punira pas pour \u00eatre des femmes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Je ne retournerai pas en Pologne, il ne me reste personne l\u00e0-bas\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Dans les lettres, on trouve \u00e9galement des moments \u2013 les meilleurs \u2013 d\u2019\u00e9criture inspir\u00e9e. Le lecteur sait qu\u2019il y a une histoire vraie derri\u00e8re ces lettres, ce qui accentue l\u2019effet po\u00e9tique. \u00ab\u00a0J\u2019ai v\u00e9cu des moments tr\u00e8s durs, mais j\u2019ai eu la chance de vivre\u00a0\u00bb, conclue une femme polonaise, apr\u00e8s 44\u00a0ann\u00e9es pass\u00e9es en France, dans la lettre adress\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Elle n\u2019est pas retourn\u00e9e en Pologne depuis 44\u00a0ans. Les souvenirs de son pays sont toujours vifs lorsqu\u2019elle se souvient de la Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale et de l\u2019obus qui a frapp\u00e9 sa maison. La lettre \u00e9voque des sc\u00e8nes de guerre, d\u2019humiliation, de mort\u2026 Ainsi que d\u2019autres sc\u00e8nes des d\u00e9cennies plus tard, dans sa vieillesse, avec la certitude de ne plus appartenir au lieu dans lequel elle est n\u00e9e. <strong>\u00ab\u00a0Je ne retournerai pas en Pologne, il ne me reste personne l\u00e0-bas. Ma petite-fille a rencontr\u00e9 \u00e0 Rennes une association qui s\u2019appelle Polonia, et je suis tr\u00e8s contente car j\u2019ai pu rencontrer des compatriotes, et il y a une biblioth\u00e8que polonaise \u00e9galement<\/strong>. La majorit\u00e9 de mes amis fran\u00e7ais sont morts et maintenant je parle plus en polonais qu\u2019en fran\u00e7ais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Une famille r\u00e9unie pour apprendre une maladie<\/strong><\/p>\n<p>Certains t\u00e9moignages sont durs \u00e0 entendre. \u00c0 Cadix, la collaboration du projet a \u00e9t\u00e9 prise en charge par l\u2019Association pour les Droits de l\u2019Homme d\u2019Andalousie. La principale responsable, qui recueille les t\u00e9moignages, Cristina Serv\u00e1n, se souvient d\u2019une histoire\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>Une jeune femme latino-am\u00e9ricaine a demand\u00e9 \u00e0 sa famille de se r\u00e9unir pour lire sa lettre. Elle leur racontait qu\u2019elle avait un cancer<\/strong>.\u00a0\u00bb Une autre fois, une jeune femme a \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re, qui souffrait de la maladie d\u2019Alzheimer. Elle lui \u00e9crivait tout en sachant qu\u2019elle ne la reconna\u00eetrait pas. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait impressionnant\u00a0\u00bb, explique Cristina Serv\u00e1n, qui souhaite promouvoir la\u00a0 rencontre des 50\u00a0 migrants qui ont \u00e9crit leurs lettres \u00e0 Cadix. Ce serait une rencontre int\u00e9ressante, sans aucun doute. Cette encyclop\u00e9die de la distance, cette id\u00e9e si singuli\u00e8re, n\u2019est pas encore publi\u00e9e qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 sa propre vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lire l&#8217;article en version originale (espagnol) sur le site d&#8217;InfoLibre Version fran\u00e7aise, (traduite avec l&#8217;aimable autorisation d&#8217;\u00c1ngel Mu\u00f1\u00e1rriz et du journal espagnol Infolibre) : Encyclop\u00e9die du d\u00e9racinement Quelle singuli\u00e8re id\u00e9e que celle de l\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants, aussi \u00e9trange qu\u2019incertaine, aussi remplie de possibilit\u00e9s \u2013 et d\u2019angoisses \u2013 qu\u2019une conversation avec un \u00e9tranger. 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